RDC : plus de 400 civils tués dans l’Est; histoire d’une violence enracinée et cartographie des zones de combats.

Uvira, 11 décembre 2025.
L’est de la République démocratique du Congo connaît une nouvelle escalade meurtrière. Selon les autorités du Sud-Kivu et plusieurs sources internationales, plus de 400 civils ont été tués lors de l’offensive lancée par les rebelles du M23/AFC, qui ont pris plusieurs localités stratégiques dont Uvira, au bord du lac Tanganyika. Les victimes incluent femmes et enfants, exécutés ou tués par balles dans les quartiers résidentiels tandis que des milliers de familles fuyaient vers le Burundi, aggravant une situation humanitaire déjà critique.
Ces violences s’inscrivent dans une histoire longue : l’est du Congo demeure marqué par l’héritage des guerres régionales de 1996–2003, qui ont laissé un tissu de milices, des tensions ethniques persistantes et un État affaibli dans ses capacités de contrôle territorial. Le M23, né en 2012 d’une mutinerie d’ex-rebelles du CNDP, a repris les armes en 2021 et progresse depuis en s’appuyant sur des réseaux régionaux. Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir militairement ces offensives, des accusations récurrentes au cœur des tensions diplomatiques actuelles.
Sur le terrain, l’offensive suit un axe sud-nord bien identifié. Les combats se concentrent autour de Kiliba, Luvungi, Kamanyola et Katogota, chaînes de localités frontalières qui relient Uvira aux routes vers Bukavu et Goma. La prise d’Uvira est particulièrement symbolique : carrefour routier et port ouvert sur la Tanzanie et le Burundi, la ville est un enjeu majeur pour le contrôle du Sud-Kivu. Dans les hauts plateaux de Minembwe, zones montagneuses difficiles d’accès, plusieurs milices locales et groupes transfrontaliers continuent de s’affronter, rendant la présence humanitaire quasi impossible.
La région était déjà l’une des plus instables du monde, avec plus de 7 millions de déplacés internes recensés avant même cette nouvelle flambée de violence. Les récentes attaques ravivent les risques d’embrasement régional, alors même qu’un accord de paix avait été signé début décembre à Washington, sans la participation du M23, ce qui limite sa portée.
La communauté internationale condamne les tueries, appelle à la protection des civils et à une mise en œuvre réelle des cessez-le-feu, tandis que les ONG alertent sur une urgence humanitaire majeure : manque de soins, de nourriture, de logements temporaires et accès difficile aux zones de combats. Sans avancées diplomatiques crédibles, la spirale de violences dans l’est de la RDC risque de se prolonger, ancrée dans une géopolitique régionale complexe et dans la compétition autour des ressources stratégiques du Kivu.
SIRAS THINK-TANK

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