Dakar, le 5 novembre 2025 — Le général d’armée aérienne (2S) Birame Diop, ministre des Forces armées du Sénégal, a reçu en audience une délégation de l’armée malienne conduite par le colonel-major Oumarou Maïga, conseiller technique à la coopération au ministère de la Défense et des Anciens combattants du Mali. Cette rencontre, tenue à Dakar, s’inscrit dans le cadre du renforcement de la coopération militaire et sécuritaire entre les deux pays, à un moment où les défis communs en matière de défense régionale exigent une concertation renouvelée et pragmatique.
Selon le communiqué officiel, les échanges ont porté sur la consolidation du partenariat bilatéral en matière de formation, d’échanges d’expérience et de coordination opérationnelle face aux menaces transfrontalières. Le ministre Birame Diop a salué « la qualité historique des relations entre les armées sénégalaise et malienne » et réaffirmé l’engagement du Sénégal à poursuivre une coopération fondée sur la confiance, la réciprocité et le respect mutuel.
Cette rencontre s’inscrit dans la continuité des précédentes consultations entre les deux pays, notamment les réunions tenues en 2024 à Bamako et en 2023 à Dakar, où les chefs d’état-major avaient déjà convenu de renforcer la mutualisation des moyens dans la lutte contre le terrorisme, la criminalité organisée, le trafic d’armes et la circulation illicite de groupes armés dans la région du Sahel. Les deux États, partageant une longue frontière et des défis sécuritaires similaires, avaient également exprimé leur volonté de dynamiser les mécanismes conjoints de surveillance frontalière et d’échanges de renseignements.
Dans un contexte marqué par la recomposition des alliances régionales et la montée en puissance de l’Alliance des États du Sahel (AES), cette visite a aussi une portée diplomatique particulière. Elle témoigne d’une volonté de rapprochement entre Dakar et Bamako, après plusieurs années de divergences liées à la position de la CEDEAO face aux transitions politiques dans la région. En réaffirmant leur engagement à coopérer directement, le Sénégal et le Mali montrent qu’une voie africaine de la sécurité collective demeure possible, au-delà des influences extérieures et des clivages institutionnels récents.
Les enjeux de cette coopération sont multiples. Sur le plan sécuritaire, il s’agit de renforcer la résilience des deux armées face aux menaces transnationales, notamment dans les zones frontalières du sud du Mali et du nord du Sénégal où se développent des réseaux de contrebande et des trafics illicites. Sur le plan stratégique, la coordination bilatérale ouvre la voie à une plus grande interopérabilité des forces armées, à travers des exercices conjoints, des formations croisées et le partage d’expériences en matière de maintien de la paix et de gestion des crises. Enfin, sur le plan diplomatique et symbolique, cette rencontre marque une réaffirmation du principe de solidarité africaine dans le traitement des questions de sécurité et de défense.
Le colonel-major Oumarou Maïga, pour sa part, a exprimé la gratitude du Mali envers les autorités sénégalaises pour leur ouverture au dialogue et leur soutien constant à la stabilité régionale. Il a souligné que la coopération entre les deux armées « n’est pas seulement une nécessité stratégique, mais une responsabilité historique », rappelant les liens fraternels, culturels et humains qui unissent les peuples sénégalais et maliens depuis l’indépendance.
En marge de cette rencontre, les deux parties ont convenu de relancer le cadre bilatéral de concertation militaire, de renforcer les programmes d’échanges entre écoles de formation, et d’explorer de nouvelles pistes dans la coopération technologique et logistique.
Cette visite marque une étape significative dans la redéfinition des équilibres régionaux en Afrique de l’Ouest. Alors que les pays du Sahel cherchent à bâtir des partenariats fondés sur la souveraineté et la complémentarité, le rapprochement entre Dakar et Bamako peut être interprété comme un signal fort en faveur d’une approche concertée de la sécurité régionale. En consolidant leurs liens, le Sénégal et le Mali démontrent qu’il est possible de construire une architecture de défense africaine autonome, inclusive et cohérente — une condition essentielle pour stabiliser durablement l’espace ouest-africain.

