À l’heure où les tensions géopolitiques s’intensifient et où l’économie mondiale reste marquée par l’incertitude, l’or retrouve toute sa valeur stratégique. Métal de refuge par excellence, il attire les convoitises des banques centrales, des multinationales minières et des puissances mondiales. Dans ce contexte, l’Afrique, riche d’environ 24 % de la production mondiale d’or en 2024, se retrouve au centre d’une bataille commerciale, financière et géopolitique d’ampleur.
Le continent produit près de 900 tonnes d’or par an, avec des pays comme le Ghana (130 tonnes), l’Afrique du Sud (100 tonnes) et le Mali (100 tonnes) parmi les plus gros producteurs. Pourtant, cette manne aurifère est largement exploitée par des entreprises étrangères telles que Newmont (États-Unis), Barrick Gold (Canada) ou AngloGold Ashanti (Afrique du Sud), qui captent la majeure partie de la chaîne de valeur. L’or africain est souvent exporté à l’état brut, sans transformation locale, privant les pays producteurs de revenus significatifs et d’opportunités industrielles.
Dans le même temps, les réserves mondiales d’or sont concentrées entre les mains de quelques grandes puissances : les États-Unis détiennent 8 133 tonnes, suivis de l’Allemagne (3 352 t), de l’Italie (2 452 t) et de la France (2 437 t). En comparaison, les pays africains, bien que producteurs, disposent de réserves officielles extrêmement faibles. Cette asymétrie reflète une forme de dépendance structurelle qui limite leur souveraineté monétaire et financière.
En 2024, les banques centrales ont acheté un total net de 1 037 tonnes d’or – un record historique selon le World Gold Council – illustrant leur volonté de se protéger contre la volatilité des monnaies fiduciaires, en particulier le dollar. Ce mouvement traduit aussi une stratégie globale de reconfiguration des réserves internationales, où l’or redevient un pilier de stabilité. Pour les pays africains, cela accentue la pression stratégique sur leurs ressources naturelles.
Mais l’or africain est aussi au cœur de défis locaux. L’orpaillage artisanal, souvent non réglementé, alimente une économie informelle, parfois liée au financement de groupes armés, notamment dans le Sahel. L’insécurité, la faiblesse des institutions, la corruption et l’absence d’infrastructures industrielles freinent toute tentative de contrôle souverain du secteur. Certains pays comme le Ghana, le Rwanda ou le Mali tentent de développer des raffineries locales et de négocier de meilleurs contrats miniers, mais les efforts restent fragmentés.
Face à cette situation, une stratégie continentale s’impose. L’intégration régionale via la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), le développement d’un marché commun de l’or, la mise en place de systèmes de traçabilité via la blockchain, l’investissement dans la transformation locale et la création de labels de certification pourraient offrir des alternatives concrètes pour mieux capter la valeur de l’or africain.
Dans un monde multipolaire où l’or devient une arme d’influence autant qu’un rempart financier, la maîtrise des ressources aurifères n’est plus une option mais une urgence stratégique pour l’Afrique. Encore faut-il que les États du continent puissent faire face ensemble aux enjeux de gouvernance, de sécurité et d’industrialisation. Car au-delà de sa brillance, l’or africain pourrait bien, à condition d’être maîtrisé, devenir un levier décisif de souveraineté et de développement.
BRES-Octagone
Groupe de Recherche
Mines et Hydrocarbure
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