Une rencontre pour repenser l’Afrique : Bilan de l’AGORA AFRIKA FORUM.

La première édition du Forum AGORA Afrika, initiative panafricaine consacrée à la relance du commerce intracommunautaire africain à travers la mise en œuvre de la ZLECAf, s’est déroulée du 1er au 2 décembre 2025, avec une rencontre réunissant bureaux de consultance, structures de financement, entrepreneurs et acteurs économiques du continent. Le 4 décembre 2025, un forum élargi a été organisé, réunissant experts et sommités autour du thème : « Relancer le commerce intracommunautaire africain par les critères de mise en œuvre de la ZLECAf ».
Le commerce intracommunautaire africain demeure l’un des plus faibles au monde, représentant moins de 20 % des échanges commerciaux totaux du continent, un niveau très inférieur à celui des autres régions intégrées. Cette situation limite la diversification des économies, accentue la dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et freine la montée en puissance industrielle et technologique de l’Afrique.
C’est dans ce contexte que s’est tenu, le 4 décembre à Dakar, dans l’enceinte des Résidences Mamounes, l’AGORA AFRIKA FORUM. Une dizaine d’experts africains, réunis sous l’égide du Club Panafricain des Affaires (CP2A), dirigé par Madame Ikir Manal, ont conduit un exercice d’analyse profonde des politiques économiques, financières et monétaires du continent. L’objectif central consistait à proposer des pistes concrètes permettant aux États africains de se repositionner comme puissance économique mondiale, en s’appuyant sur leurs atouts structuraux , démographie dynamique, abondance de ressources naturelles, marché intérieur en expansio; tout en prenant en compte les défis contemporains tels que les vulnérabilités sécuritaires, institutionnelles et de gouvernance.
Le continent africain demeure le plus jeune du monde, une force décisive pour l’innovation, la transformation économique et la productivité. Selon le dernier rapport de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), cette jeunesse constitue un moteur essentiel de main-d’œuvre, de consommation et d’entrepreneuriat. À cela s’ajoute une concentration exceptionnelle de ressources stratégiques, allant des minerais aux hydrocarbures en passant par les terres rares et métaux critiques indispensables à l’économie mondiale de la transition énergétique. Les minerais tels que le cuivre, le cobalt, le lithium ou le coltan sont particulièrement convoités dans la fabrication des technologies vertes et des batteries.
La dynamique d’intégration continentale prend une nouvelle dimension avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), opérationnelle depuis 2021, qui ouvre la perspective d’un marché unique estimé entre 1,3 et 1,5 milliard de personnes pour un PIB cumulatif de plusieurs milliers de milliards de dollars. La CEA rappelle que la ZLECAf dépasse le cadre d’un accord commercial : elle constitue un levier de diversification économique, de résilience, d’industrialisation et de développement durable. Les secteurs prioritaires identifiés incluent l’agro-industrie, l’industrie de transformation, la pharmacie, l’énergie renouvelable et les technologies stratégiques.
Les études montrent que pour un pays comme le Sénégal, l’intégration à la ZLECAf pourrait générer une hausse du PIB de 1,3 % sur dix ans, avec un impact notable sur l’extraction, le raffinage et la construction. Toutefois, les experts réunis à l’AGORA soulignent que les institutions africaines restent contraintes par des modèles administratifs hérités, marqués par la faiblesse opérationnelle, la corruption, l’absence de transparence et l’incapacité à construire des politiques publiques intégrées à l’échelle du continent. Sans transformation profonde du leadership et de la gouvernance, les opportunités offertes par la ZLECAf pourraient rester théoriques.
Les besoins en investissement sont immenses. Selon les analyses citées pendant le forum, près de 120 milliards de dollars devront être injectés dans les infrastructures de transport d’ici 2030 pour fluidifier le commerce intra-africain : routes, corridors ferroviaires, plateformes logistiques, ports modernes, énergie pour l’industrie. Malgré une légère baisse de l’endettement continental de 67,3 % du PIB en 2023 à 62,1 % en 2025 selon la CEA, la charge de la dette et les contraintes budgétaires continuent de limiter les capacités d’investissement public dans les secteurs clés.
Les experts ont également rappelé que la dépendance du continent aux monnaies étrangères, particulièrement le dollar, demeure un frein majeur aux échanges. Le rapport 2025 de la CEA insiste parallèlement sur les risques structurels : conflits internes, menaces transnationales, instabilité politique, effets du changement climatique, qui affaiblissent la confiance, perturbent les investissements et retardent la transformation économique. Lors de l’AGORA, il a été souligné que la sécurité constitue la condition première pour développer les infrastructures, protéger les chaînes logistiques et attirer les projets industriels.
C’est dans ce cadre que deux experts du Bureau de Recherche et d’Études Stratégiques (BRES-OCTAGONE), M. Mouhamadou L. Diatta, Responsable de la Gouvernance économique, et M. Ndéné Ndiaye, Directeur général adjoint, ont présenté leurs travaux en tant que conférenciers, contribuant à un panorama global des dynamiques économiques et stratégiques du continent.
L’un des constats majeurs issus de l’AGORA AFRIKA FORUM est la nécessité de dépasser les approches fragmentées et nationales pour adopter une vision continentale cohérente. Les participants ont plaidé pour un leadership panafricain fort, une stratégie commune de développement, la création de mécanismes financiers africains intégrés (pooling de capital, mobilisation de l’épargne locale, systèmes de paiement inter-États), et la consolidation des institutions financières du continent. La construction d’infrastructures transfrontalières, la mise en place de corridors économiques, la valorisation locale des ressources naturelles selon les normes ESG et l’engagement ferme en faveur de la paix et de la stabilité ont été identifiés comme des impératifs absolus.
Le potentiel démographique du continent, combiné à un marché intérieur de plus d’un milliard d’habitants, offre des économies d’échelle favorables à l’industrialisation, à l’investissement, à la consommation et à l’innovation. La ZLECAf représente ainsi bien plus qu’un instrument économique : elle constitue un cadre structurant destiné à transformer en profondeur les économies africaines, en favorisant la montée en gamme technologique, l’intégration régionale et l’insertion dans les chaînes de valeur mondiales.
Avec une gouvernance solide, des institutions modernisées, la mobilisation du capital africain, la valorisation de ses ressources, une stabilité renforcée et un engagement collectif réunissant, les États, le secteur privé, la diaspora, les institutions financières et la jeunesse, l’Afrique peut se libérer progressivement de la dépendance extérieure et devenir un acteur majeur de l’économie mondiale. Cela, non plus en tant que fournisseur de matières premières, mais comme pôle d’innovation, de production, de services et de consommation.
Cette première édition de l’AGORA AFRIKA FORUM a mis en lumière l’urgence d’une double transformation par la promotion du ZLECAf comme levier d’intégration économique, en repensant en profondeur les modèles étatiques, la gouvernance, les politiques monétaires et la vision stratégique du continent. Une démarche indispensable pour bâtir un modèle autonome, solidaire, durable et capable d’élever l’Afrique au rang des grandes puissances économiques mondiales.
Fait à Dakar le 05/12/2025
Par l’équipe de Recherche-Action du :
BRES-OCTAGONE

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