KINSHASA, 14 décembre 2025. Malgré la condamnation unanime des États-Unis d’Amérique, du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’Union africaine, l’alliance rebelle AFC-M23 continue d’avancer dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon plusieurs sources locales et observateurs indépendants, les forces rebelles ont récemment pris le contrôle des localités de Makobola et Kasekezi, positions stratégiques situées le long des axes menant vers Pemba, une étape clé avant les villes de Swima et Mboko, qui seraient désormais directement menacées par l’offensive en cours.
Ces gains s’inscrivent dans le cadre d’une offensive plus vaste menée depuis début décembre 2025 par le Mouvement du 23 mars (M23) et ses alliés de l’Alliance Fleuve Congo (AFC), forte d’une mobilisation estimée à plusieurs milliers de combattants. Le groupe est dirigé politiquement par un porte-parole identifié comme Lawrence Kanyuka, tandis que l’appui supposé de l’armée rwandaise à ses côtés demeure au cœur des accusations formulées par Kinshasa et plusieurs capitales internationales.
Un contexte de guerre et d’échecs des cessez-le-feu
Le 4 décembre 2025, un accord de paix négocié à Washington avec la médiation des États-Unis et du Qatar avait été signé entre les présidents de la RDC et du Rwanda sous l’égide de l’administration américaine, avec la promesse d’un cessez-le-feu immédiat. Cependant, ce pacte n’incluait pas le M23 en tant que partie signataire, ce qui a permis à la rébellion de poursuivre ses opérations militaires sans être directement liée à cet accord.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a également publié des résolutions exigeant un arrêt des hostilités et le respect des engagements de paix, tout en soulignant les violations répétées du cessez-le-feu et la nécessité de protéger les civils. Washington a dénoncé « des violations flagrantes » et appelé à des mesures contre les soutiens externes du M23.
Bilan humain et crise humanitaire
L’offensive rebelle a déjà eu un coût humain extrêmement élevé :
Au moins 400 civils tués dans la seule province du Sud-Kivu depuis le début de décembre 2025, selon les autorités régionales.
Plus de 200 000 personnes déplacées à l’intérieur de la province, contraints de fuir les combats vers des zones plus sûres ou vers des pays voisins comme le Burundi, dont le gouvernement a fermé temporairement la frontière face à l’afflux de réfugiés.
Le conflit s’inscrit dans une crise plus vaste qui, selon l’ONU, a déjà contribué à plus de 7 millions de déplacés internes à travers l’est de la RDC depuis 2021.
Des organisations humanitaires alertent sur la catastrophe en cours : la pénurie de nourriture, d’abris, d’eau potable et de soins médicaux dans les zones touchées devient critique, tandis que l’accès des humanitaires est rendu plus difficile par la présence des belligérants sur les axes routiers.
Acteurs en présence et tensions régionales
Du côté gouvernemental, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), sous le commandement du président Félix Tshisekedi, combattent l’avancée du M23, parfois en coordination avec des milices pro-gouvernementales connues localement sous le nom de « Wazalendo ». Ces dernières ont mené plusieurs contre-attaques mais peinent à enrayer la progression du mouvement rebelle dans plusieurs secteurs.
Kinshasa accuse aussi Kigali de fournir un soutien militaire actif au M23, y compris du matériel et du personnel, des allégations que le gouvernement rwandais réfute fermement, affirmant ne pas être directement impliqué dans les opérations sur le sol congolais. Cette tension diplomatique a provoqué la suspension de plusieurs initiatives de coopération et des appels à sanctions ciblées contre des responsables rwandais et des figures clés du M23.
Perspectives et enjeux
Les analystes estiment que la chute potentielle de Swima et Mboko renforcerait considérablement la mainmise du M23 sur le corridor méridional du Sud-Kivu, facilitant l’accès aux ressources naturelles et aux routes commerciales vers le lac Tanganyika, tout en isolant davantage les autorités congolaises de leurs bases arrière logistiques. Sans un renforcement significatif des FARDC ou l’ouverture de véritables négociations avec l’AFC-M23, le risque d’une guerre prolongée, avec aggravation de la crise humanitaire et possible déstabilisation régionale, demeure très élevé.
SIRAS THINK-TANK

