Le 16/12/2025
Quand souveraineté, budget et rapports de force redéfinissent la stratégie de défense.
Ouagadougou, 16 décembre 2025.
Dans un message politique et stratégique limpide, le Capitaine Ibrahim Traoré a annoncé que dorénavant, la formation des militaires burkinabè se fera majoritairement au Burkina Faso par des formateurs burkinabè, sauf « cas de force majeure » justifiant un recours à des experts étrangers pour transfert de technologies spécifiques. Cette décision marque une rupture nette avec des décennies de dépendance aux instructeurs extérieurs, en première ligne dans les stratégies de défense nationales et régionales.
La volonté d’une armée autonome s’inscrit dans un contexte budgétaire et sécuritaire particulièrement intense. En 2023, le Burkina Faso a consacré près de 793,4 millions USD (environ 486,4 milliards FCFA) aux dépenses militaires, soit la plus importante dépense de défense en Afrique de l’Ouest cette année-là.
Pour le budget 2025, adopté à l’unanimité par l’Assemblée législative de transition (ALT), 27,76 % du budget national ont été alloués à la défense et à la sécurité, une part équivalente à plus d’un quart des dépenses totales de l’État.
Ce niveau d’investissement n’est pas anodin : il dépasse non seulement celui de la santé ou de l’éducation, mais reflète aussi une trajectoire de dépenses militaires en hausse depuis plusieurs années, montée qui reflète l’intensification du combat contre les groupes armés non étatiques.
Le Burkina Faso, d’après les dernières estimations, compte environ 11 000 militaires en service actif, accompagnés d’une longue tradition d’auxiliaires civils connus sous le nom de Volontaires pour la Défense de la Patrie (VDP), un effectif qui s’est massivement accrû depuis 2019 pour répondre au défi sécuritaire.
Ces forces opèrent dans un environnement où les menaces innovantes augmentent : par exemple, les attaques à l’aide de drones modifiés par des groupes djihadistes du Sahel ont dépassé 30 incidents confirmés depuis fin 2023, soulignant l’évolution technologique de l’adversaire.
Sur le plan régional, le Burkina Faso participe, aux côtés du Mali et du Niger, à l’Alliance des États du Sahel (AES), qui prévoit de déployer une force conjointe d’environ 5 000 soldats pour des opérations transfrontalières de sécurité.
La décision d’« internaliser » la formation militaire répond à plusieurs défis simultanés :
Cette souveraineté stratégique consiste à se doter d’une force capable de défendre le territoire sans dépendre d’instructeurs extérieurs, ce qui signifie maîtriser à la fois les doctrines d’emploi et les tactiques modernes adaptées au Sahel.
Promouvoir des ressources humaines qualifiées, reconnaître la montée en compétence des cadres burkinabè acquis sur le terrain, et bâtir une filière de formation locale qui incorpore ces expériences concrètes.
En cas de recours à des formateurs étrangers, l’objectif affiché est désormais le transfert de technologies (cyberguerre, systèmes de renseignement, drones…) plutôt qu’une formation de base.
Dans la vision stratégique exposée par le pouvoir, « les rapports de force ont toujours déterminé la survie ou le déclin d’une Nation ». Ce principe, érigé en fondement du nouveau modèle, place le renforcement des capacités nationales au centre de la diplomatie et de la sécurité extérieures.
Le repositionnement du Burkina Faso, et plus largement de l’AES, se déroule dans un contexte géopolitique où l’influence des anciens partenaires occidentaux recule, souvent au profit d’alliances avec d’autres puissances extérieures intéressées par des contrats de défense et des ventes d’équipements.
Dans ce cadre, l’établissement d’un modèle de formation militaire autochtone apparaît comme un jalon dans la construction d’une force de défense plus autonome, mais aussi plus intégrée aux réalités géopolitiques africaines, où rapports de force, alliances régionales, et souveraineté technologique deviennent des variables clés de la survie étatique dans un environnement de menace permanente.



