
Niamey, 30 novembre 2025.
Les autorités nigériennes ont annoncé la mise en vente directe, par l’État, de l’uranium extrait sur le territoire national. Cette décision marque une étape importante dans la politique de gestion souveraine des ressources naturelles engagée depuis plusieurs mois.
Selon des propos relayés par la télévision publique Télé Sahel, le chef de l’État, le général Abdourahamane Tiani, a affirmé que le Niger « dispose du droit légitime de gérer ses richesses naturelles et de les commercialiser de manière indépendante, conformément aux règles du marché international ».
Jusqu’en 2025, la commercialisation de l’uranium nigérien était principalement assurée par la Société des Mines de l’Aïr (SOMAÏR), exploitée en partenariat avec le groupe français Orano, actionnaire majoritaire durant plusieurs décennies.
En juin 2025, l’État nigérien a acté la nationalisation complète de SOMAÏR, désormais placée sous contrôle exclusif des autorités publiques. Cette mesure s’inscrit dans un processus plus large de révision des relations contractuelles entre Niamey et Orano.
Au cours des années précédentes, Orano avait déjà vu son périmètre d’exploitation réduit :
– Fermeture de COMINAK en 2021,
– Retrait du permis d’exploitation d’Imouraren en 2024, un des plus grands gisements mondiaux, estimé à environ 200 000 tonnes d’uranium,
– Perte du contrôle opérationnel de SOMAÏR en 2025.
Le 27 novembre 2025, un convoi d’uranium a quitté la mine d’Arlit sans notification à Orano, selon les déclarations publiques de l’entreprise. Celle-ci précise ne plus disposer d’accès opérationnel aux sites depuis 2024 et ne pas être en mesure de déterminer les volumes ni la destination du transport.
Orano a indiqué que cette opération contreviendrait à une décision d’un tribunal arbitral international, qui avait ordonné la suspension temporaire de toute vente ou transfert d’uranium issu de SOMAÏR dans le cadre d’un litige opposant l’entreprise à l’État nigérien.
L’entreprise a annoncé envisager des actions judiciaires à l’encontre des acteurs impliqués dans le déplacement du matériel, considérant cette opération comme non conforme à la décision du tribunal.
Lors d’une visite dans le nord du pays, le général Abdourahamane Tiani a réaffirmé que les ressources minières relèvent désormais de la souveraineté exclusive du Niger. Selon les autorités, le pays est libre de commercialiser l’uranium auprès de tout acheteur intéressé, sans autorisation extérieure.
La production annuelle d’uranium, estimée à 1 300 tonnes en 2025 pour une valeur d’environ 250 millions d’euros, fait partie des ressources concernées par cette nouvelle orientation.
Cette mesure s’inscrit dans un contexte international marqué par une forte demande en uranium, notamment dans les secteurs de l’énergie nucléaire et des technologies stratégiques.
Plusieurs États, parmi lesquels la Russie, l’Iran ou la Turquie, auraient manifesté un intérêt pour l’achat d’uranium nigérien. L’évolution de ce dossier est suivie de près par de nombreux acteurs régionaux et internationaux, en raison de ses implications :
– Économiques, concernant le modèle de gestion des ressources africaines ;
– Juridiques, en lien avec les litiges opposant le Niger et Orano ;
– Géopolitiques, notamment dans le cadre de la redéfinition des partenariats stratégiques du Niger.
Perspectives et incertitudes
Plusieurs scénarios restent envisageables :
– La poursuite des procédures juridiques devant les instances internationales,
– L’ intensification des tensions diplomatiques entre les parties concernées,
ou, à plus long terme,
– La négociation d’un accord entre l’État nigérien et Orano.
À ce stade, les positions demeurent éloignées et aucune résolution immédiate n’a été annoncée.
BRES-OCTAGONE
SIRAS THINK-TANK
Niger : annonce de la mise en vente directe de l’uranium national sur le marché international.
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