Conférence inaugurale du BRES-Octagone et de la Maison de la Culture Douta Seck
« La menace géopolitique des langues exogènes sur les cultures endogènes : défis et ripostes »
Face aux défis croissants liés à la préservation des cultures africaines, le Bureau de Recherche et d’Études Stratégiques Octagone (BRES-Octagone), en partenariat avec la Maison de la Culture Douta Seck, a organisé, le 25 Juin 2025, une conférence inaugurale d’envergure sous le thème : « La menace géopolitique des langues exogènes sur les cultures endogènes : défis et ripostes ». Cette rencontre s’inscrit dans le cadre du projet PROMO-CULTURE GEO, un programme visant à éveiller les consciences sur les enjeux géostratégiques liés à la culture et à la langue en Afrique.
Un discours d’ouverture porteur de sens
La cérémonie a été ouverte par M. Amady FALL, qui s’est exprimé au nom de Madame FAYE, Directrice de la Maison de la Culture Douta Seck. Dans son allocution, M. FALL a salué l’engagement du BRES-Octagone dans la réflexion stratégique sur la préservation et la promotion des cultures africaines. Il a rappelé l’importance pour les institutions culturelles africaines d’être au cœur des débats portant sur la souveraineté linguistique et culturelle, soulignant que « la culture est l’ultime rempart face aux formes contemporaines de domination ».
Un panel d’experts engagé pour une réflexion stratégique
La conférence a réuni un panel de personnalités engagées, parmi lesquelles :
- M. Momar THIAM, Responsable Gouvernance énergétique, BRES-Octagone
- M. Ousmane DIADHIOU, Secrétaire exécutif de l’ANAFA et du PALAE
- M. Fara SAMB, journaliste et écrivain
- Dr Mamadou Yéro BALDÉ, historien à l’UCAD, qui a assuré la modération des échanges
Les langues : un enjeu géopolitique souvent sous-estimé
En introduction, les intervenants ont tenu à rappeler la dimension stratégique de la question linguistique. La langue, au-delà d’être un simple outil de communication, constitue un puissant vecteur d’identité, de culture et d’influence géopolitique.
Comme l’a rappelé le Dr Baldé, la domination des langues exogènes — héritage direct de la colonisation et du néocolonialisme — constitue aujourd’hui une menace réelle pour les cultures endogènes africaines. Cette domination favorise l’érosion linguistique, l’uniformisation culturelle et accentue les crises identitaires au sein des populations africaines.
Quand la langue devient un instrument de domination
Les exemples sont nombreux : la Francophonie, souvent présentée comme un espace de coopération, est perçue par de nombreux experts comme un levier néocolonial, permettant à la France de maintenir une influence économique, culturelle et diplomatique sur ses anciennes colonies. Le Commonwealth, tout comme les réseaux culturels liés à l’Allemagne (Goethe Institut), à l’Espagne (Institut Cervantes) ou encore à la Turquie (Fondation Maarif), participent également à cette logique de soft power linguistique.
Les chiffres sont révélateurs : de 10 000 étudiants subsahariens à l’étranger en 1990, on est passé à plus de 155 000 en 2020, alimentant une élite africaine souvent formatée dans des modèles linguistiques et culturels exogènes.
Des résistances et des alternatives inspirantes
L’Afrique ne reste cependant pas sans riposte. Dans son intervention remarquée, M. Ousmane Diadhiou a retracé les grandes étapes des réformes linguistiques au Sénégal : des premières réflexions en 1963 aux États Généraux de l’Éducation en 1980, sans oublier la Déclaration universelle des droits linguistiques adoptée à Barcelone en 1996.
Il a plaidé pour une promotion audacieuse des langues nationales, condition indispensable selon lui pour ancrer le développement du continent dans ses propres référents culturels. « Comme le disait le Professeur Cheikh Anta Diop, un peuple ne se développera jamais à travers la langue de l’autre », a-t-il rappelé avec force, prononçant son intervention en wolof.
L’exemple de la Roumanie, un modèle à méditer
- Fara Samb a partagé son expérience en Roumanie, un pays qui, malgré la pratique du français chez une partie de la population, a su ériger sa langue nationale en pilier du développement et de l’enseignement, notamment dans les domaines technologiques et scientifiques. « Chaque ville roumaine dispose de son université où l’enseignement est en langue nationale, permettant aux jeunes de maîtriser les savoirs dans leur propre référentiel », a-t-il souligné.
L’Afrique face au choix de ses langues stratégiques
Les intervenants ont rappelé les exemples d’autres nations qui ont fait le choix de la souveraineté linguistique :
- L’amharique en Éthiopie
- Le hindi en Inde
- L’hébreu en Israël
En Afrique, des pistes existent : le pulaar en Afrique de l’Ouest, l’arabe en Afrique du Nord, le swahili en Afrique Centrale, les langues bantoues en Afrique Australe, autant de langues susceptibles de devenir des vecteurs de renaissance culturelle et politique.
Au-delà des langues, un combat civilisationnel
La question linguistique ne saurait être réduite à un simple enjeu pédagogique. Il s’agit d’un conflit civilisationnel, d’une bataille pour la maîtrise des imaginaires, des référents et de l’identité des peuples africains. Les dépendances culturelles créent des dépendances économiques, politiques et scientifiques, compromettant la souveraineté continentale.
Les voies de la riposte : recommandations clés
Les panélistes ont formulé plusieurs recommandations concrètes
– Renforcer l’enseignement des langues locales dès la petite enfance
– Codifier et valoriser les langues nationales dans l’administration et les médias
– Investir dans la production de contenus scientifiques, techniques et culturels en langues africaines
– S’inspirer des modèles ayant réussi l’affirmation linguistique au niveau mondial
– Encourager une coopération panafricaine autour des grandes langues transnationales africaines
Un appel à la mobilisation collective
La conférence s’est conclue par un appel solennel à tous les acteurs — États, institutions privées, universitaires, artistes, médias et société civile — pour qu’ils s’impliquent dans cette lutte stratégique pour la sauvegarde et la valorisation des langues et cultures africaines.
Le BRES-Octagone et ses partenaires ont réaffirmé leur engagement à poursuivre cette dynamique à travers des recherches, des plaidoyers et des actions concrètes.
La bataille pour les langues africaines est avant tout une bataille pour la dignité, la souveraineté et l’avenir du continent.
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